Les 12 travaux du GAP : obtenir un rendez-vous
Je n'ai plus de médecin depuis plusieurs années.
Après quelques années d'attente, j'appartiens enfin à un groupe de médecins. J'ai vu un médecin pour la première fois après 7 ans d'attente.
J'ai découvert l'astuce pour avoir un rendez-vous plus rapidement via le GAP : il faut mentionner qu'on doit faire renouveler un médicament. Pourquoi ? Parce que lorsqu'on appelle le GAP, on ne peut mentionner qu'un problème ! Lors du rendez-vous, on croise les doigts pour glisser un autre sujet de discussion.
Le rendez-vous est efficace, mais c'est dommage : les chances que je revoie ce même médecin sont minces. Je devrai recommencer mon histoire à chaque fois. On me prescrit un bilan sanguin et mes médicaments pour la thyroïde. Quelques mois plus tard, on me laisse un message vocal m'avisant de reprendre rendez-vous afin de refaire des bilans.
J'appelle entre deux patientes au boulot. On me répète que mon appel est important, mais je suis la cinquième en attente. Vingt minutes plus tard, mon appel est toujours « important »… et je suis toujours la cinquième en attente.
J'envoie un courriel. Réponse automatique : on ne peut pas prendre rendez-vous par courriel. J'écris alors pour obtenir accès au portail de rendez-vous de ma clinique attitrée. On me répond que seuls ceux qui ont un médecin de famille y ont accès. On me renvoie à nouveau vers le 811.
J'appelle donc le 811. On me demande pourquoi je souhaite prendre rendez-vous. J'explique avoir reçu un message de la clinique. Malheureusement, cette raison n'est pas valable. Je dois en trouver une autre. Je suis nouvellement ménopausée avec d'importantes bouffées de chaleur, j'ai une hypothyroïdie, une fracture de stress récente, des lésions suspectes sur la peau et des antécédents familiaux de cancer de la peau. On m'avise que je dois choisir un seul problème : le système ne permet pas d'en catégoriser plusieurs.
Je choisis la lésion suspecte. Aucun médecin n'est disponible. On me propose une super infirmière. J'accepte. Le rendez-vous est fixé.
Ce matin, on m’appelle pour me dire que le médecin est en congé de maladie jusqu’en juillet. Mais n’avais-je pas rendez-vous avec une infirmière ? Apparemment, non. Puis-je la voir quand même ? Non. Je retourne sur la liste d’attente. On m’appellera en juillet. Je n’appartiens pas à un groupe ? Si. Mais le « plan » était de voir ce médecin précis, et le plan doit être maintenu.
Heureusement, je suis en santé. Ma lésion est sûrement bénigne. Ma fracture est sûrement liée à la course, même si ma fille est coeliaque, que je porte le gène et que j'ai des antécédents d'ostéoporose. Mes bouffées de chaleur, je peux les tolérer malgré l’impact sur mon sommeil, car ce n'est pas « grave ». On recommande la mammographie à 50 ans, alors qu'ailleurs, c’est 40. Je la veux, ma mammographie, même si je n'ai probablement rien. Pourtant, des cancers du sein avant 50 ans, on en voit.
Je travaille en santé de la femme. Des femmes consultent pour des saignements post-ménopausiques. On leur dit : c’est sûrement bénin, mais on ne prend aucune chance. Biopsie. Échographie. On élimine le pire. Parce que le pire existe et peut cogner à la porte de n'importe qui, n'importe quand. Et quand on se dit que ce n’est « sûrement pas grave », c’est là que les gens tombent entre les craques du système.
Lorsque j’ai fait mes études infirmières en 2004, on nous enseignait que tout citoyen canadien a droit à l'accès aux soins. Aujourd’hui, je constate que cet accès repose sur la cohabitation du public et du privé. Après 20 ans dans le public, j’ai migré vers le privé avec culpabilité. Trois ans plus tard, aucun regret. J’adore mon travail. On prend le temps. On écoute. On accorde de l’importance à chaque inquiétude. Je n’ai jamais été aussi convaincue que cette cohabitation est essentielle.
Mon texte ne changera probablement pas grand-chose. Disons-le : il y a des gens exceptionnels dans les deux secteurs. Mais le public est en souffrance. Et pour les gens comme moi, surtout ceux plus malades, une chance que le privé existe.
La réalité, c’est que la demande au privé dépasse l’offre. Tellement de femmes cherchent à être vues en gynécologie. À la clinique où je travaille, nous devons en refuser quotidiennement ou les rediriger vers l’urgence. Pendant ce temps, on tente de limiter l’accès au privé. Je souhaite de tout mon cœur que cela cesse. Rien ne sera réglé rapidement dans le public. La cohabitation reste la clé.
En juillet, quand on m’appellera, ma mammo sera faite. Les médicaments prescrits. Les bilans complétés. La facture sera payée, mais cette dépense en vaut la peine.
Ma santé en vaut la peine.
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