Une ermite parmi des milliers d’humains. Un roadtrip au FEQ, de Gord Downie à Fred Durst, avec mes deux humains préférés
J'ai assisté à plusieurs shows de musique dans ma jeunesse, la majorité à l'intérieur avec un numéro de siège assigné. J'ai vu Pearl Jam, les Counting Crows, Live, Kiss et Alanis à Sydney, en Australie. Mais mon groupe préféré, que j'ai vu plusieurs fois, était Tragically Hip.
Le 26 juillet 1997, je me suis rendue au Vermont avec Simon, un ami du secondaire, pour un show extérieur des Hips. Sheryl Crow ouvrait le spectacle au son des fans qui lui demandaient de céder la place pour Gord Downie et sa gang.
Ce show est mon dernier souvenir de mon assistance à un spectacle extérieur parmi des milliers d'humains entassés dans un mélange d'odeurs de sueur, de cigarettes et de pot.
Je connaissais les paroles de chaque chanson et le début de chacune de ses chansons me rendait fébrile de bonheur d'un point tel que j'en oubliais le temps, étant complètement dans le moment des plus présents.
Ce qui m'impressionnait chez le chanteur des Tragically Hip, c'était sa capacité à être complètement désinhibé sur scène. Il s'entretenait avec le stand de micro, sautait sur les haut-parleurs, complètement dans sa bulle, devant des milliers de personnes, pendant que ses collègues continuaient à jouer de la guitare, de la basse et du drum, jusqu'à ce qu'il se remette à chanter.
À cette époque, j'étais timide, et je ne pouvais comprendre cet état désinhibé devant une foule admirative. Je le trouvais fascinant et je n'étais pas la seule.
Les gens qui me connaissent aujourd'hui savent que je me tiens loin des endroits pleins d'humains : les centres d'achat, les parcs d'attractions, les grandes fêtes (les petites aussi). Je suis bien dans la tranquillité, où je recharge ma batterie sociale.
Ma fille m'a annoncé il y a quelques mois qu'un groupe que j'aime beaucoup serait au FEQ cet été. Je trouvais ça cool, mais l'idée d'y aller ne m'est pas venue jusqu'à ce que mes deux filles me proposent un girls roadtrip.
Malaise...
J'espère secrètement qu'il n'y ait plus de billets. Je ne suis plus comme avant. Je me couche tôt le soir et l'idée d'être dans une foule me rend nerveuse.
En même temps, quand tes deux filles te demandent d'aller en roadtrip pour un show extérieur, tu ne peux pas dire non.
« Êtes-vous certaines que vous voulez y aller avec moi et non avec vos amies? »
Elles sont certaines...
Alors, le 9 juillet 2026, presque 30 ans après mon show au Vermont, je me retrouve sur les plaines d'Abraham avec mes deux humains préférés, parmi des milliers de gens, incluant les odeurs de cigarettes et de pot.
Je pensais que le premier soir serait long, car la musique n'est pas trop dans ma palette. Un premier groupe ouvrait pour Cypress Hill et Limp Bizkit.
Ouf… Je suis certaine qu'il était un excellent musicien, mais il chantait les yeux fermés, ce qui créait une certaine distance entre son interprétation de sa musique et les milliers de personnes devant lui. La soirée s'annonçait longue.
Je racontais à mes filles que j'écoutais Cypress Hill dans mon walkman en 1998 lors d'un voyage de backpacking en Afrique. Les mélodies du groupe me donnaient l'impression d'être invincible dans les zones douteuses et moins sécuritaires. Ce fut impressionnant de voir ce groupe qui, 30 ans plus tard, performe avec autant d'énergie devant une génération qui les connaît depuis longtemps et une autre qui les a connus grâce à leurs parents.
J'arrive enfin à ce qui a stimulé ma plume aujourd'hui : Fred Durst, le chanteur de Limp Bizkit.
Je n'ai jamais écouté sa musique. J'ai reconnu quelques chansons et je n'écouterai pas plus sa musique. Par contre, l'humain m'a impressionnée et j'y pense depuis.
Un peu comme Gord, c'est sa présence sur scène qui m'a saisie. Il n'était pas là pour jouer ses tounes les unes après les autres comme une check-list. Il était là pour interagir avec les milliers de gens qui se sont déplacés pour venir le voir.
C'était fascinant.
Il marchait sur scène et, dans ses yeux, on pouvait presque voir le reflet de la foule qu'il voyait devant lui. Il semblait complètement dans le moment, perdu dans le temps et rempli de gratitude pour ce moment si grandiose.
Il a même invité une jeune femme de 19 ans à chanter avec lui. Vraiment, un beau moment de connexion humaine.
Mes filles m'accusent depuis d'avoir un crush sur Fred Durst, mais je vous assure, ce n'est pas un crush. Je suis simplement impressionnée par sa facilité à créer une ambiance d'intimité à deux directions avec une foule immense à perte de vue.
J'ai beaucoup apprécié. Ma grande aussi. Elle a eu le courage de se rendre jusqu'à l'avant dans le mosh pit.
Notre deuxième soirée était la raison de notre road trip. Les filles me disent qu'elles ont grandi avec les Lumineers. Je sais très bien que ce groupe n'est pas dans leur top 10, mais j'ai été super touchée qu'elles tiennent à les voir avec moi.
Encore une fois, un groupe avec une belle présence sur scène.
Je n'aurais pas pu demander plus : être avec mes deux filles devant un groupe que j'aime, dans une ambiance féérique. J'ai même oublié quelques instants que j'étais entourée d'humains.
Est-ce que j'ai le droit d'ajouter un petit bémol à ce roadtrip mémorable? J'ai été un peu déçue de voir les déchets laissés derrière par certains spectateurs en quittant les lieux. Un petit rappel que même dans les grands rassemblements, on peut prendre soin de notre environnement.
Pour ne pas terminer sur une note négative, je lève mon chapeau à tous ces braves qui couraient d'un endroit à l'autre avec leur caisse de canettes Coors Light à vendre pendant des heures. Presque plus intense qu'un marathon.
Pour conclure pour vrai, je pense que ce qui m'attire dans les shows de musique, ce n'est pas seulement la musique, mais surtout l'humain derrière l'artiste. Peu importe le style de musique, si l'artiste est présent, je le serai aussi.
Finalement, quand tes enfants te demandent de passer du temps avec eux, peu importe l'activité, c'est le plus beau cadeau qu'on puisse nous faire!
Merci à vous deux pour ce road trip mémorable.
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